C’est mal de mentir. On fait une exception pour le Père Noël ?

C’est mal de mentir. On fait une exception pour le Père Noël ?

Clairement, si l’on vous demande faut-il mentir aux enfants, la réponse sera, unanimement ou presque (du moins on l’espère), non, il ne faut pas mentir aux enfants.

Ok, on est d’accord.

Il y a bien évidemment manière de présenter la vérité, mais ne pas mentir, c’est respecter l’enfant…. De toute façon, l’enfant « sait », l’enfant « sent » En effet, il devine les non-dits, les cachoteries et détecte très vite, même s’il s’interdit parfois de le verbaliser, les anomalies, les « racontars » et autres « bobards ». Lui mentir serait nier cette intelligence, cette capacité de perception. C’est aussi d’une certaine manière lui interdire de penser par lui-même : « je te dis ce que je veux bien te dire, et ne réfléchis pas »

Attention, on ne dit pas non plus qu’il faut les mettre devant le journal télévisé à 3 ans… mais lorsque l’enfant est concerné ou lorsque l’enfant s’interroge ou interroge, présenter les choses de façon adaptée, en restant disponible et à l’écoute, nous semble sécurisant pour l’enfant.

Ne pas mentir, c’est aussi montrer l’exemple (Et, non, ce n’est pas beau, ni bien de mentir)

C’est également construire des relations saines : je ne te mens pas, tu ne me mens pas, on se fait confiance mutuellement. (Et au passage : Et tu pourras toujours tout me dire, je serais toujours là pour toi). La vérité n’est pas toujours simple à énoncer, pas toujours agréable à entendre, mais elle existe, il faut faire avec, quelle qu’elle soit. L’éluder ne la fait pas disparaitre… Tout comme la peur n’évite pas le danger, mentir ne modifie pas la réalité.

Ok. Mais alors pourquoi, pourquoi leur faire croire au Père Noël ?

Parce que c’est mignon ? (Oui, comme de déguiser un chien, ce n’est pas la meilleure preuve de respect qu’on puisse trouver) : on parle d’un enfant, là, pas d’une poupée ni d’une marionnette. On lui fait plaisir ou on se fait plaisir ?

Parce que c’est magique ? féérique ? parce qu’un enfant a le droit de rêver ? Soit. Mais peut-être peut-on « lui conter Noël », qu’il s’agisse de la naissance du Christ ou l’histoire du bonhomme rouge avec ses rennes volants en n’omettant pas de préciser que ce sont des légendes, de très jolies histoires auxquelles on a le droit de croire (ou pas). On peut, nous semble-t-il, parfaitement vivre la « magie de Noël » comme un état d’esprit momentané à l’approche des fêtes, et non comme un déni de vérité, voire de bon sens.  Ok, c’est Noël, c’est magique, mais non, le père Noël n’a pas mis des lutins en esclavage (ouf)

« Faire croire au Père Noel » serait un rite initiatique ?

Mentir à l’enfant en lui racontant délibérément des inepties aurait des bénéfices… En effet, en découvrant la (terrible) vérité, enfin juste l’inexistence du Père Noël (tout est relatif), notre petit découvrirait qu’il ne peut faire confiance à personne, qu’il faut toujours être méfiant quant à ce qu’on lui raconte en quelque sorte…

Loin de nous l’idée de rejeter cette volonté d’aiguiser la défiance dès le plus jeune âge… Néanmoins, est-ce dans le cadre familial, sur lequel se fonde sa sécurité affective, qu’il convient de faire ça ? Rassurez-vous, votre enfant saura bien assez tôt (s’il ne le sait pas déjà) que personne n’est infaillible, même pas ses parents. En effet, quelle que soit notre volonté de bien faire, nous faisons tous des erreurs… alors pourquoi leur mentir, les induire en erreur délibérément ?

Autre point : lorsque l’enfant « découvre » la vérité, il devient un initié. Il fait partie des grands… Ok admettons… à condition que ce ne soit pas au prix de moqueries des camarades pour les plus naïfs… Et il y a tellement d’autres occasions de passer dans le camp des grands (si camp il y a… on opterait ici plus pour le continuum… mais c’est un autre sujet)

 Et avec ses pairs dans tout ça ?

Effectivement, votre petit a une très forte probabilité de subir un lavage de cerveau, que ce soit à la crèche, chez nounou, à l’école et partout où enfants et adultes lui rabattrons les oreilles avec le père noël…

Alors, on fait quoi ?

Et bien, comme on le sent !

Nous avons pris le parti (et ceci n’engage que nous) de développer le sens critique des enfants. Nous parlons du Père Noël comme de n’importe quel héros de dessin animé ou de conte (Y-a-t-il quelqu’un qui ait dit à son gosse que superman ou T’Choupi existait ?). On parle de liste pour Noël et pas de liste pour le père noël. Quand l’enfant -rentrant de l’école- veut y croire, on ne casse pas son rêve, mais on ne l’alimente pas non plus. On l’incite à réfléchir sans oppression…

Et il semblerait que les enfants ne croient pas réellement au Père Noël mais ne veulent pas heurter leurs parents en leur révélant quelque chose qu’ils auraient dû découvrir il y a longtemps ;-), mais chut…